Rosemund et le Wood Notes Wild

En partant, elle lui avait pourtant laissé de quoi s’accrocher à la vie : une enfant tendre et douce, un magnifique jardin si bien entretenu et de nombreux souvenirs heureux… Mais la douleur fut si intense pour le révérend Simeon Cheney que, lorsque sa femme Eva mourra en couches à seulement 24 ans, il décida de se laisser mourir lui aussi. Lentement, mais sûrement.

Rosemund et le Wood Notes Wild dans S'ouvrir à l'art, c'est s'ouvrir à l'autre... rose-615281_1920-300x198

Plutôt que de consacrer le temps et l’énergie qu’il lui restait encore à sa petite Rosemund, le pasteur, aveuglé par le chagrin, passa sa vie à l’ignorer, puis à la détester à tel point que, lorsque la haine devint trop forte, il la chassa violemment du presbytère. Après tout, cette enfant n’était-elle pas responsable de la mort de son épouse tant aimée ? Lui avoir pris sa vie n’avait pas suffi, il fallait à présent qu’elle prenne aussi son visage ! Trop, c’était trop. 

Une fois sa fille exilée, le révérend fit le vide autour de lui. Plus de fidèles, plus d’enfant. Juste les sonorités fabuleuses du beau jardin qu’Eva, l’épouse tant regrettée, passait ses journées entières à entretenir. C’est ainsi que Simeon apprit à écouter avec soin et délectation tous les sons qui l’entouraient, depuis le clapotis de l’eau jusqu’au chant des oiseaux. De manière obsessionnelle, il passa le reste de sa triste vie à reproduire ces sons sur des partitions qui se transformèrent en véritable encyclopédie qu’il tenta de faire publier. En vain. Lorsqu’il ferma les yeux, c’est sa fille unique, celle qu’il n’avait jamais su aimer, qui, sur ses maigres deniers personnels, fit publier en 1892 le Wood Notes Wild écrit avec tant de passion par son père… 

En choisissant de lire Dans ce jardin qu’on aimait, de Pascal Quignard, j’avais probablement imaginé avoir déniché l’égal du Parfum, de Patrick Süskind, l’un de mes livres préférés. Süskind avait su sublimer l’ensemble des odeurs et parfums en un seul roman, Pascal Quignard devait ici avoir fait de même avec les sons. J’étais loin de me douter, à la lecture de la quatrième de couverture, que de sons il n’y aurait quasiment pas. En effet, le but de l’ouvrage n’était pas de décrire les beautés du Wood Notes Wild du révérend, mais uniquement de nous conter sa triste vie.

En lot de consolation, j’ai eu la surprise de lire une pièce de théâtre, témoin des échanges souvent amers de Rosemund avec son père, entrecoupés des précisions d’un récitant. Si le roman est bien écrit, le sujet reste toutefois bien fade, pénible et douloureux.

  dans S'ouvrir à l'art, c'est s'ouvrir à l'autre...

 

Dans ce jardin qu’on aimait, de Pascal Quignard, est paru en 2017 aux éditions Grasset.

 

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