Les onze corbeaux de Jean Dunand

Le musée des Beaux-Arts de Reims, qui fermera définitivement ses légendaires portes de la rue Chanzy fin septembre, abrite de nombreux trésors réalisés entre le XVIème et le XXIème siècle. Parmi les plus connus du grand public, citons Le Songe de Jacob de Marc Chagall, La Mort de Marat de Jaques-Louis David et, pour ses liens si forts avec notre ville, une véritable collection d’œuvres de Léonard Foujita, dont le colossal et épouvantable triptyque, L’Apocalpyse. Mais c’est une oeuvre plus confidentielle, qui m’a interpellée dès mon arrivée au rez-de-chaussée, salle Gérard, que je souhaite partager ici.

Onze immenses corbeaux se trouvent au sommet d’un arbre japonisant, sur un fond laiteux rappelant un ciel hivernal. Ces sombres oiseaux, dont on dit qu’ils sont les messagers de l’au-delà, ont un regard inquiétant donnant immédiatement le sentiment qu’une funeste nouvelle est sur le point d’arriver (la seconde guerre commence au moment même où le tableau se termine…)  Au loin sur le côté gauche du tableau, presque en filigrane, se trouve entourée d’arbres une église de village gardée par un calvaire. 

Les Corbeaux, Jean Dunand, 1936-1939

Les Corbeaux, Jean Dunand, 1936-1939

Cette oeuvre est spéciale car son fond blanchâtre est constitué exclusivement de coquilles d’œufs. Oui, vous avez bien lu. Jean Dunand, qui s’est essayé à de multiples techniques artistiques durant toute sa carrière (il fut ciseleur, mosaïste, dinandier et apprit l’art ancestral de la laque avec un maître japonais) a découpé, nettoyé, brossé et laqué durant 3 années entières des minuscules morceaux de coquilles d’œufs qu’il a assemblées à la pince à épiler pour créer le fond de son oeuvre. Étrange contraste entre, d’un côté, les funestes corbeaux annonciateurs de mort et de l’autre, une composition réalisée en matière organique, manifestation de l’éclosion de la vie… avec pour intermédiaire une église où les deux se côtoient chaque jour. Les corbeaux, dont le rendu est obtenu en relief par la technique du laquage, ont des perles noires fendues à la place des yeux. 

Je ne remercierai jamais assez Mohamed, surveillant de la salle Gérard, pour m’avoir fait découvrir cette oeuvre de cette manière, à la recherche des détails qui la rendent si unique. Cet homme passionné et passionnant ferait sans aucun doute le meilleur guide de musée au monde si on lui en offrait la possibilité ! 

Voici une oeuvre dont je me souviendrai toute ma vie grâce à lui. 

En savoir plus sur l’artiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Dunand

Site du musée des Beaux Arts de Reims : https://musees-reims.fr/fr/musees/musee-des-beaux-arts/

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