Névroses sur un zafu

Tout part d’une curieuse envie d’écrire un livre sur le yoga, passion à laquelle s’adonne Emmanuel Carrère depuis une vingtaine d’années, au même titre que le Tai-Chi et la méditation. Nous sommes au tout début de l’année 2015. L’écrivain décide alors de s’isoler du monde durant dix jours pour une retraite entièrement dédiée au yoga, au beau milieu de nulle part, durant laquelle il n’aura droit ni d’écrire, ni de parler à qui que ce soit. Une sorte de face à face intérieur qui – en tout cas c’est ce qu’il croit – lui permettra probablement de rédiger un roman consacré à cette discipline. 

Seulement voilà, les évènements tragiques de janvier 2015 vont prématurément sonner la fin de cette étonnante expérience. Au-delà du décès brutal d’un ami proche dans les attentats de Charlie Hebdo, l’auteur, qui a déjà amorcé le forage des tréfonds de son âme, commence un lent et douloureux voyage au pays de la dépression… Jusqu’au diagnostic, qui, clé du roman, lui permettra peut-être de retrouver non pas la joie de vivre (il ne l’a jamais connue) mais une sorte de paix intérieure nécessaire à la poursuite de sa vie. 

Dépression. Photo : Adrien Olichon

Dépression. Photo : Adrien Olichon

Au risque de décevoir avec son titre trompeur, ce roman n’est évidemment pas ce qu’il aurait dû être. Assis sur son zafu, concentré sur l’air qu’il inspire et expire, Emmanuel Carrère observe le flot de ses pensées qui le ramène irrésistiblement vers le passé. Cette fois, l’expérience nous est destinée et fait l’objet du livre que nous tenons entre nos mains. Souvenirs douloureux et pulsions de vie s’y mélangent et laissent parfois place à des réflexions fugaces sur le yoga, tout de même. En toile de fond, seulement. 

Yoga est-il une autobiographie ? Appelons-le plutôt, puisqu’il lui faut une étiquette, « essai thérapeutique ». En effet, pour Emmanuel Carrère ce roman est celui qui marque une victoire contre une mort qui semblait inévitable. Les personnes qui souffrent de troubles dépressifs et bipolaires y trouveront probablement là un témoignage d’espoir. Les autres ressentiront probablement de l’empathie pour cet homme pour qui vivre est un enfer… mais perdront sans doute leur énergie, dévorée par les névroses anxiogènes de l’auteur. 

 Névroses sur un zafu  dans S'ouvrir à l'art, c'est s'ouvrir à l'autre... cvt_yoga_1298-207x300

 

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