L’ange Gabriel et les carnets de Rose

Alors qu’il n’était encore qu’un jeune prêtre, Gabriel reçut au confessionnal une visite inhabituelle. Au lieu de lui confesser ses pêchés, une femme, visiblement nerveuse, vint lui expliquer qu’il allait être contacté pour bénir le corps d’une défunte à l’asile. Elle le supplia de récupérer, cachés sous la robe de la dépouille, des carnets appartenant à une femme prénommée Rose, puis, une fois assurée que le prêtre tiendrait parole, s’enfuit dans la seconde qui suivit. Gabriel fut en effet contacté, vint bénir le corps et récupéra discrètement les carnets comme demandé. Sa curiosité ayant été piquée au vif, il ne résista pas longtemps à l’envie de les lire. S’il avait su… 

C’est ainsi que la voix de Rose prend la suite du récit. Son histoire commence le jour maudit où son père, agriculteur sans le sou, la vend à un homme fortuné qui recherche une domestique. Au manoir où le diable en personne la conduit manu militari, Rose va vite comprendre ce qui l’attend. L’endroit est infesté de secrets plus inavouables les uns que les autres, les non-dits et les mystères y pèsent si lourd que l’adolescente sent très rapidement le piège se refermer sur elle. 

Edmond, le palefrenier du manoir, intrigue l’adolescente. Cet homme à la carrure puissante fait pourtant preuve d’une grande délicatesse lorsqu’il soigne ses chevaux. Il est le seul qui se préoccupe sincèrement du sort de Rose. A plusieurs reprises, il lui recommande de partir le plus rapidement possible ; sa vie sera sans doute détruite si elle reste ici. Mais retourner vivre chez ce père qui n’a eu aucun scrupule à la marchander est tout simplement inconcevable pour l’adolescente. Rose souhaite à présent oublier sa famille et l’endroit où elle a vécu les quatorze premières années de sa vie : si elle y parvient, tout cela sera moins douloureux. Et Edmond est si doux avec elle… comment pourrait-elle trouver la force de le fuir ? 

Le Cheval et le Palefrenier - gravure d'Harrison Weir

Le Cheval et le Palefrenier – gravure d’Harrison Weir

Que se serait-il passé si Rose avait écouté Edmond, et s’était enfuie du manoir dès les premiers jours de son arrivée ? Si le père de Rose n’avait pas commis l’irréparable en vendant sa propre fille ? Ces questions hanteront à chaque page les lecteurs de ce terrible roman qu’est Né d’aucune femme, de Franck Bouysse. 

Lorsque la voix du prêtre Gabriel se fait de nouveau entendre, dans les dernières pages du roman, l’attente est insoutenable. Qu’est donc devenue Rose ? Est-elle toujours en vie ? Est-elle parvenue à se sortir de l’enfer dans lequel on l’a plongée ? Né d’aucune femme, prix des libraires 2019, exigerait avant lecture un entraînement intensif de sang-froid et détachement car aucun lecteur n’est suffisamment préparé à cette histoire-là. 

 L'ange Gabriel et les carnets de Rose dans S'ouvrir à l'art, c'est s'ouvrir à l'autre... 91bsm0xg71l-185x300

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