Récit d’un directeur de lieu de VIE

Les vieux, c’est simple, on leur doit tout, nos droits, notre liberté, notre confort et surtout, la vie. Une phrase sur laquelle il serait bon de méditer, alors même que, dans notre société, nous plaçons nos anciens loin, très loin de nous dans des endroits spécialisés. Cette phrase est celle de Jean Arcelin, qui fût autrefois directeur d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et qui nous livre le témoignage de cette expérience dans un livre bouleversant, Tu verras, maman, tu seras bien.

C’est suite au décès de sa grand-mère adorée que Jean Arcelin, alors directeur d’un grand centre automobile, décide de transmuer une partie de l’amour immense qu’il a pour cette femme en devenant bénévole dans une maison de retraite. A chaque fois qu’il revêt son costume d’animateur c’est pour tenter de remettre de la vie dans cette grande maison un peu éteinte, où des femmes et des hommes comme vous et moi, en un peu plus vieux, ont encore l’envie de s’amuser et de vivre quoiqu’on en pense à l’extérieur. A l’approche de la cinquantaine, et alors qu’il a fait le tour de son métier, Jean décide de mettre fin à son contrat et de se reconvertir. C’est alors que le métier de directeur d’EHPAD s’impose à lui comme une évidence. Et bien qu’on le mette en garde durant ses entretiens d’embauche (diriger un EHPAD, ce n’est pas uniquement mettre de l’animation dans la salle commune…) il le sait : ce métier est fait pour lui. Et il va le prouver.

Jean devient ainsi directeur d’un petit EHPAD dans le sud de la France, puis d’un plus grand, et découvre avec désolation les responsabilités multiples et inattendues auxquelles il doit faire face. Parmi elles, faire exploser le TO, ou taux d’occupation de son établissement, c’est-à-dire remplir au maximum ses chambres mais aussi diminuer le coût de revient des repas, pourtant déjà si bas… Sans oublier le plus important ; éviter, malgré le manque systémique de personnel soignant, les EIG, ou évènements indésirables graves, autrement dit, les décès difficilement explicables, qui pourraient ternir l’image de marque de l’établissement… C’est la déesse Rentabilité qui règne dans cet univers. Mais comment la concilier avec une fin de vie heureuse ? C’est là toute la cruauté du destin de Jean Arcelin, qui, tel David contre Goliath, va courageusement lutter contre cette sacro-sainte notion de rentabilité, parfois avec ruse, pour préserver le bien-être de ses équipes et de « ses » vieux. Quitte à retrouver son costume d’animateur, à découvrir celui d’aide-soignant, quitte à s’y perdre totalement… 

Sauvons nos vieux ! Voilà le message que tente de faire passer Jean Arcelin, parce que, comme il l’écrit si bien, leur cause est moins bien défendue que celle des animaux aujourd’hui. Cette phrase m’a profondément bousculée. Parce qu’elle est exacte. Parce qu’on ne veut pas se le dire, mais ces femmes et ces hommes actuellement en EHPAD seront prochainement remplacés par … nous toutes et tous. Parce qu’un EHPAD, ce ne sont pas seulement des dentiers sales et des couches remplies, c’est aussi un endroit où on chante, où on mange, où on rit et où, oui, on fait encore l’amour… Un lieu de VIE

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