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L’ange Gabriel et les carnets de Rose

7 novembre 2020

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Alors qu’il n’était encore qu’un jeune prêtre, Gabriel reçut au confessionnal une visite inhabituelle. Au lieu de lui confesser ses pêchés, une femme, visiblement nerveuse, vint lui expliquer qu’il allait être contacté pour bénir le corps d’une défunte à l’asile. Elle le supplia de récupérer, cachés sous la robe de la dépouille, des carnets appartenant à une femme prénommée Rose, puis, une fois assurée que le prêtre tiendrait parole, s’enfuit dans la seconde qui suivit. Gabriel fut en effet contacté, vint bénir le corps et récupéra discrètement les carnets comme demandé. Sa curiosité ayant été piquée au vif, il ne résista pas longtemps à l’envie de les lire. S’il avait su… 

C’est ainsi que la voix de Rose prend la suite du récit. Son histoire commence le jour maudit où son père, agriculteur sans le sou, la vend à un homme fortuné qui recherche une domestique. Au manoir où le diable en personne la conduit manu militari, Rose va vite comprendre ce qui l’attend. L’endroit est infesté de secrets plus inavouables les uns que les autres, les non-dits et les mystères y pèsent si lourd que l’adolescente sent très rapidement le piège se refermer sur elle. 

Edmond, le palefrenier du manoir, intrigue l’adolescente. Cet homme à la carrure puissante fait pourtant preuve d’une grande délicatesse lorsqu’il soigne ses chevaux. Il est le seul qui se préoccupe sincèrement du sort de Rose. A plusieurs reprises, il lui recommande de partir le plus rapidement possible ; sa vie sera sans doute détruite si elle reste ici. Mais retourner vivre chez ce père qui n’a eu aucun scrupule à la marchander est tout simplement inconcevable pour l’adolescente. Rose souhaite à présent oublier sa famille et l’endroit où elle a vécu les quatorze premières années de sa vie : si elle y parvient, tout cela sera moins douloureux. Et Edmond est si doux avec elle… comment pourrait-elle trouver la force de le fuir ? 

Le Cheval et le Palefrenier - gravure d'Harrison Weir

Le Cheval et le Palefrenier – gravure d’Harrison Weir

Que se serait-il passé si Rose avait écouté Edmond, et s’était enfuie du manoir dès les premiers jours de son arrivée ? Si le père de Rose n’avait pas commis l’irréparable en vendant sa propre fille ? Ces questions hanteront à chaque page les lecteurs de ce terrible roman qu’est Né d’aucune femme, de Franck Bouysse. 

Lorsque la voix du prêtre Gabriel se fait de nouveau entendre, dans les dernières pages du roman, l’attente est insoutenable. Qu’est donc devenue Rose ? Est-elle toujours en vie ? Est-elle parvenue à se sortir de l’enfer dans lequel on l’a plongée ? Né d’aucune femme, prix des libraires 2019, exigerait avant lecture un entraînement intensif de sang-froid et détachement car aucun lecteur n’est suffisamment préparé à cette histoire-là. 

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Mémoires d’une mouette

25 octobre 2020

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Agée d’une vingtaine d’années seulement, Justine devrait sans doute avoir une bande d’amis, flirter, étudier et s’amuser. Seulement voilà, la jeune femme est loin d’être comme les autres. Elle a, en effet, décidé de consacrer sa vie entière aux petits vieux de la résidence des Hortensias. Justine y est aide-soignante et vient leur rendre visite même pendant ses congés. Une mission, plus qu’un métier. 

Hélène, est, parmi les résidents, la préférée de Justine. Cette femme douce, aujourd’hui aux portes de la mort, a eu une vie tout à fait extraordinaire. Année après année, elle a confié à l’aide-soignante sa rencontre avec Lucien, le grand amour de sa vie, leur quotidien au café du village qu’ils tenaient ensemble… puis, l’horreur de la guerre qui les a à jamais transformés l’un et l’autre. La vieille femme a un ange gardien très particulier ; une mouette qui la suit, partout où elle va, depuis l’enfance. Elle est souvent là, de l’autre côté de la rue, à les observer. Captivée par les récits bouleversants de sa résidente préférée, Justine rédige chaque jour ses mémoires sur un petit cahier bleu, passant ainsi presque toutes ses heures libres au chevet de sa tendre amie. 

Pensive - Patricia OREBI

Pensive – Patricia OREBI

Avoir une vie normale n’est définitivement pas le destin de la jeune aide-soignante qui a été élevée, avec son jeune cousin Jules, par ses grands-parents au décès brutal de leurs parents un soir d’octobre 1996. Une plaque de verglas, une conduite trop brusque, deux frangins enlevés à la vie avec leurs jeunes épouses en un claquement de doigts. Justine le pressent depuis longtemps : une ombre plane sur ce drame. Une chose est sûre : ce ne sont pas ses grands-parents, des gens taiseux et fermés à toute discussion sur ce sujet, qui pourront l’aider à comprendre. Elle se met donc seule en quête d’une vérité qui pourrait vite dépasser tout ce qu’elle avait imaginé…

Les Oubliés du Dimanche, de Valérie Perrin, est un petit chef d’œuvre, tout comme Changer l’Eau des Fleurs, un autre de ses merveilleux romans. On s’attache immédiatement à tous ses personnages, du pépé Armand dont les « r » se transforment en « l » une fois arrivés dans sa bouche à la douce Hélène dont l’esprit est déjà loin, sur une plage ensoleillée où elle a retrouvé son Lucien… Quelle tendresse, quelle douceur dans les mots de Valérie Perrin ! Pas étonnant que ce roman ait remporté 13 prix à lui tout seul… Ne passez pas à côté ! 

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La vie extraordinaire du père des Hobbits

17 octobre 2020

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Orphelin alors qu’il n’est encore qu’un jeune adolescent, John Ronald Reuel Tolkien (Nicholas Hoult) est conduit du jour au lendemain dans une pension pour jeunes gens de bonne famille où il doit recevoir une éducation exemplaire… comme le voulait sa bienaimée mère. Ses facilités déconcertantes, particulièrement en langues, vont alors être la clé de son intégration au collège. Trois jeunes garçons, Robert, Geoffrey et Christopher, eux-mêmes particulièrement doués, notamment en poésie et en dessin, deviennent rapidement ses inséparables compagnons de route. Ainsi nait le Tea Club and Barrovian Society (TCBS) leur club très privé au sein duquel fuseront chaque jour au salon de thé des débats enflammés au sujet de l’art et de la société. 

A la pension, Edith (Lily Collins) orpheline tout comme lui, va vite toucher J.R.R. Tolkien en plein cœur. Cette pétillante et talentueuse jeune femme, condamnée telle une esclave à jouer du piano pour caresser les oreilles exigeantes de la maîtresse de maison, est dotée d’une sensibilité qui attire irrésistiblement le jeune homme. Si une merveilleuse histoire d’amour débute entre eux, la Grande Guerre va malheureusement rebattre les cartes. Tolkien et ses amis, devenus sa famille, sont appelés à prendre les armes et à se battre. Au moment des adieux, le TCBS se réunit avec l’espoir que leur entrevue ne soit pas la dernière… 

Les adieux du TCBS

Les adieux du TCBS

Comment se fait-il que Tolkien, réalisé par Dome Karukoski, grand fan de l’auteur, ait eu si peu de succès ? Est-ce parce qu’il ne se focalise que sur les vingt-cinq à trente premières années de la vie du célèbre auteur ? Elles sont pourtant indispensables à la compréhension du génie du père du Seigneur des Anneaux ! Cet enfant brillant, qui a inventé de toutes pièces une langue entière, dont la mère racontait le soir venu des histoires extraordinaires et qui a connu cette amitié forte, indéfectible, avec ses trois compagnons de classe… tout ceci a contribué à l’invention de la communauté de l’anneau, pilier de ce roman à l’univers si particulier qui a ému le monde entier. Alors, couvre-feu ou non, voici un excellent film à ne surtout pas manquer en VOD. 

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Bande-annonce : https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19582847&cfilm=225468.html

En savoir plus sur  J.R.R. Tolkien : https://fr.wikipedia.org/wiki/J._R._R._Tolkien

La manufacture des sœurs Steinmann

12 octobre 2020

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Déjà orphelines de mère, Johanna (Luise Heyer) et Marie Steinmann (Maria Ehrich) perdent par une froide soirée d’hiver leur père, souffleur de verre respecté mais… ruiné. Par solidarité envers les jeunes femmes, Monsieur Heimer, responsable d’une verrerie voisine, vient leur proposer de les embaucher ; les deux postes, à la peinture et à l’emballage, sont à prendre (ou à laisser) dès le lendemain matin. Marie, qui rêvait déjà de perpétuer l’activité de son père, avec lequel elle avait appris à souffler le verre, voit ses espoirs s’envoler quand sa sœur lui rappelle, d’une part, qu’il est interdit pour les femmes de s’adonner à ce genre d’activités et, d’autre part, qu’elles ne pourront plus se nourrir ni se chauffer très longtemps. 

La verrerie Heimer est un endroit crasseux, on y étouffe, et, pour couronner le tout, le regard du fils Heimer, Thomas, se fait lourd et gênant. Révoltée contre les conditions de travail désastreuses qui sont les leurs, Johanna claque la porte et se fait embaucher dans la ville voisine comme assistante d’un commerçant de vaisselle réputé. Pensant pouvoir redresser leur situation financière grâce à ce nouvel emploi correctement rémunéré cette fois, Johanna oublie que sa jeune sœur, qui passe en semaine toutes ses soirées seule, souffre terriblement de cet isolement qui est nouveau pour elle… C’est dans la noirceur des évènements que leurs destins, à jamais liés par l’héritage de leur père, vont pouvoir se mettre en mouvement…

Marie et Johanna Steinmann

Marie et Johanna Steinmann

Réalisé par Christiane Balthasar (qui, au passage, nous adresse un clin d’œil en apposant son nom sur l’enseigne d’une boutique) La Souffleuse de Verre c’est, avant tout, une atmosphère. On sentirait presque la morsure du froid hivernal, l’odeur des grands sapins de la forêt allemande et celle du gaz qui jaillit tout à coup du néant pour sculpter les barres de verre. On est vite fasciné par cette matière, vivante, incandescente, iridescente, qui prend des formes extraordinaires (lorsqu’on sait y faire)

Mais La Souffleuse de Verre, c’est aussi et surtout le film d’une femme en hommage à toutes ces femmes, qui, humiliées, dénigrées, utilisées, trouvent en elles le courage, la force extraordinaire de se relever, de se soutenir et de renverser les obstacles pour parvenir à prendre la place qui leur revient. Un film très réussi, qui se termine sur une belle note d’espoir, à la façon d’un conte de Noël. 

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Bande-annonce  : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19589673&cfilm=251235.html

Diane et le flamant rose

11 octobre 2020

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Avoir une mère qui ne sait absolument pas comment s’y prendre et un père aux abonnés absents, voilà le mauvais départ qu’Enaïd a pris dans la vie. Cette petite, à qui on n’explique rien, est recueillie par ceux qu’elle appelle par leurs prénoms, Yvette et André, raides comme la justice, usés par leurs habitudes, et dont elle ne comprendra que bien plus tard qu’il s’agit en réalité de ses grands-parents. Perdue dans un monde hostile, la petite surdouée tente de survivre malgré tout ce qui la différencie des autres enfants et cette épée de Damoclès qu’on lui a installée au-dessus de la tête : ne jamais devenir comme sa propre mère. 

Alors que l’adolescence la guette déjà, Enaïd, cavalière prometteuse, fait une grave chute de cheval qui handicape à jamais sa cheville. Elle la conduira à consulter les meilleurs spécialistes du monde d’ici quelques années, la blessure n’ayant pas été convenablement soignée. C’est ainsi que, l’adolescence venue et le temps de la rébellion avec, une formidable pulsion de vie s’empare de la jeune fille et la conduit à expérimenter tout ce qui lui est et sera à jamais interdit. Vient alors le temps des mensonges et des oiseaux de nuit, de la drogue et des tatouages, des mauvaises fréquentations qui la rapprochent dangereusement de l’ETA… Avant de rentrer à la Sorbonne et de devenir écrivain, il lui sera arrivé tant de malheurs !

Au fil des pages, on se demande jusqu’où ira la poisse légendaire d’Enaïd. Seulement voilà, pour avancer dans la vie, une seule patte suffit : c’est le titre du livre qui nous le dit. Conçu comme un roman « feel good » jusque dans sa couverture, La Meilleure façon de marcher est celle du flamant rose est un leurre. Enaïd, c’est l’anagramme du prénom de Diane Ducret, l’auteure, et les ressemblances avec sa propre vie sont frappantes… Le personnage est surdoué, a fait une chute de cheval, a étudié à Rome puis à la Sorbonne, est devenu écrivain… Reste qu’on ne sait pas bien où s’arrête la réalité pour laisser place à la fiction. Quoiqu’il en soit, le roman « feel good » se transforme en roman « bad mood » : mieux vaut en être averti. 

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Névroses sur un zafu

6 octobre 2020

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Tout part d’une curieuse envie d’écrire un livre sur le yoga, passion à laquelle s’adonne Emmanuel Carrère depuis une vingtaine d’années, au même titre que le Tai-Chi et la méditation. Nous sommes au tout début de l’année 2015. L’écrivain décide alors de s’isoler du monde durant dix jours pour une retraite entièrement dédiée au yoga, au beau milieu de nulle part, durant laquelle il n’aura droit ni d’écrire, ni de parler à qui que ce soit. Une sorte de face à face intérieur qui – en tout cas c’est ce qu’il croit – lui permettra probablement de rédiger un roman consacré à cette discipline. 

Seulement voilà, les évènements tragiques de janvier 2015 vont prématurément sonner la fin de cette étonnante expérience. Au-delà du décès brutal d’un ami proche dans les attentats de Charlie Hebdo, l’auteur, qui a déjà amorcé le forage des tréfonds de son âme, commence un lent et douloureux voyage au pays de la dépression… Jusqu’au diagnostic, qui, clé du roman, lui permettra peut-être de retrouver non pas la joie de vivre (il ne l’a jamais connue) mais une sorte de paix intérieure nécessaire à la poursuite de sa vie. 

Dépression. Photo : Adrien Olichon

Dépression. Photo : Adrien Olichon

Au risque de décevoir avec son titre trompeur, ce roman n’est évidemment pas ce qu’il aurait dû être. Assis sur son zafu, concentré sur l’air qu’il inspire et expire, Emmanuel Carrère observe le flot de ses pensées qui le ramène irrésistiblement vers le passé. Cette fois, l’expérience nous est destinée et fait l’objet du livre que nous tenons entre nos mains. Souvenirs douloureux et pulsions de vie s’y mélangent et laissent parfois place à des réflexions fugaces sur le yoga, tout de même. En toile de fond, seulement. 

Yoga est-il une autobiographie ? Appelons-le plutôt, puisqu’il lui faut une étiquette, « essai thérapeutique ». En effet, pour Emmanuel Carrère ce roman est celui qui marque une victoire contre une mort qui semblait inévitable. Les personnes qui souffrent de troubles dépressifs et bipolaires y trouveront probablement là un témoignage d’espoir. Les autres ressentiront probablement de l’empathie pour cet homme pour qui vivre est un enfer… mais perdront sans doute leur énergie, dévorée par les névroses anxiogènes de l’auteur. 

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Méthode IMPRoVe : coaching pour les 15 – 25 ans

29 septembre 2020

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J’ai conçu la méthode IMPRoVe spécifiquement pour les jeunes de 15 à 25 ans qui cherchent leur voie et leur place dans ce monde. 

Elle est le fruit de 15 années d’expérience en accompagnement et en coaching positif, plus particulièrement auprès de jeunes et d’étudiants.

Je mets gratuitement à disposition la 1ère partie de cette méthode ici : https://www.laboutiquedeliexie.com/coaching-offert

Si cette première partie vous donne l’envie de poursuivre votre réflexion, n’hésitez pas à vous procurer l’intégralité de la méthode avec le code « ETUD2020 » qui vous fera bénéficier immédiatement d’une réduction de – 30%. 

IMPRoVe =

IMpact

Potentiel

Réalisation

Valeurs

IMPRoVe code ETUD2020

La scientifique aux deux Nobel

28 mai 2020

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Est-ce parce qu’elle est d’origine polonaise ? Parce qu’elle est une femme absolument brillante ? Parce que personne ne peut la faire taire ? Pour toutes ces raisons, sans doute, Maria Sklodowka, qui fait partie de la petite vingtaine de femmes à avoir été admise à la faculté des sciences de Paris, est congédiée sans ménagement par son professeur de recherche physique, Gabriel Lippmann.

Nous sommes alors en 1894. Celle qui s’est renommée Marie, à la française, a rendez-vous avec son destin. Il prend les traits de Pierre Curie (Sam Riley) : un grand scientifique qui étudie le magnétisme tout comme elle. Marie a épousé de longue date la recherche scientifique et n’a pas pour ambition de devenir l’épouse de qui que ce soit. Pourtant, l’un comme l’autre s’admirent mutuellement et, bientôt, les sentiments remplacent le respect au point de sceller leur union. 

Celle qui devient Marie Curie en 1895 consacre sa thèse de doctorat à l’étude des rayonnements produits par l’uranium. Installés dans un petit atelier grisâtre qui fait peine à voir, Pierre fournit à son épouse le matériel qui va lui permettre d’accomplir son destin : un électromètre qu’il a lui-même conçu. C’est ainsi que, grâce à cet outil providentiel, Marie va faire la découverte du polonium et du radium, deux nouveaux éléments qui seront ajoutés à la table de Mendeleïev. Ses recherches donneront lieu, comme chacun le sait, à l’attribution de deux prix Nobel de physique et de chimie qu’elle partagera avec son mari. Parce qu’il aura eu la délicatesse d’y ajouter son nom… 

Marie et Pierre Curie dans leur laboratoire

Marie et Pierre Curie dans leur laboratoire

Incarnée par l’actrice Rosamund Pike, cette Marie Curie fait grand bruit dans une société qui rechigne à mettre en lumière de brillants travaux intellectuels lorsqu’ils sont produits par une femme. Marie Curie était-elle si rebelle, si sauvage avec tous ceux qu’elle côtoyait ? Était-elle, comme le film le sous-entend, une mère rigide et absente, trop absorbée par ses recherches ? Une chose est certaine : Marjane Satrapi, la réalisatrice de Radioactive, a souhaité faire de cette Marie Curie-là un roc parfaitement conscient de son génie, une femme indépendante et libre de ses choix, une icône féministe malgré elle, capable d’ébranler l’ensemble de la communauté scientifique, quasi exclusivement composée d’hommes, sans ciller. 

En parallèle, ce film montre aussi de manière abrupte en quoi les découvertes scientifiques de Marie Curie ont bouleversé le monde… Depuis l’importance capitale de la radiothérapie dans le traitement de certains cancers jusqu’à la bombe atomique. Combien de vies sauvées pour combien de vies détruites ? Un film réussi, avec un bémol pour la bande son, désagréable, stressante et totalement inadaptée. 

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Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=lZJDg2A6odQ

Ronge ta corde et fuis !

26 mai 2020

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Plantée les deux pieds dans l’eau au beau milieu du lac Aydar, en Ouzbékistan, Yoko (Atsuko Maeda) cherche un sens à ce qu’elle vit. Présentatrice télé, elle est venue vanter avec enthousiasme les curiosités de ce pays, mais rien, absolument rien, ne se passe comme prévu. L’immense poisson qu’on dit vivre dans ce lac refuse de montrer le bout de son museau, le plat traditionnel qu’elle doit goûter face caméra n’est pas cuit, le tour de manège qu’on lui impose à trois reprises la rend malade… A quoi tout cela peut-il servir, après tout ? Aux yeux de son équipe technique, Yoko ne sert qu’à produire de l’image. Peu importe le ridicule, peu importe les risques. Mis à part l’assistant, personne ne se soucie réellement de ce qu’elle endure pour alimenter cette foutue émission de télévision.

Yoko et son équipe technique

Yoko et son équipe technique

Dans ce pays bien différent du Japon d’où elle vient, la jeune femme découvre des us et coutumes qui lui sont étrangers. Ici, voir une femme déambuler seule dans les rues, voyager seule en bus, même lorsqu’il s’agit d’une étrangère, semble très mal perçu. Et encore plus à la nuit tombée. Tout ceci étouffe la présentatrice télé qui ne réussit à tenir que grâce au lien qui l’unit avec son petit ami tokyoïte, Ryoka. C’est dans leurs correspondances qu’elle trouve un peu de réconfort le soir venu dans sa chambre d’hôtel.

Ce voyage en Ouzbékistan a toutefois un point particulièrement positif : celui de mettre la jeune femme sur le chemin de son destin. Alors que, pour la sacro-sainte image toujours, elle relâche un bouc en pleine nature, elle comprend qu’elle aussi devrait probablement ronger sa corde et s’enfuir… car son âme, elle le sent, a besoin de liberté…

Au bout du monde, du japonais Kiyoshi Kurosawa, ne marquera probablement pas les esprits. On se souviendra sans doute vaguement d’une jolie jeune femme éprise de liberté déambulant parfois maladroitement dans la campagne et dans la capitale ouzbèques. Un documentaire romancé, en quelque sorte… 

Ronge ta corde et fuis !  dans S'ouvrir à l'art, c'est s'ouvrir à l'autre... 2565012-212x300

 

Colosse au cœur d’argile

26 mai 2020

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Dans son corps de ferme niché au cœur de la Normandie, Joseph Lecerf, la soixantaine bien tassée, s’occupe comme il le peut. Sa femme Marie-France est décédée depuis plusieurs années maintenant et il vient de vendre ses bêtes, mettant ainsi une croix sur sa vie de paysan. Alors sa dernière occupation, c’est de fabriquer un joli berceau pour sa future petite-fille. Son fils Emmanuel, qui vit de l’autre côté de l’Atlantique, va en effet être papa. Lui et son conjoint ont fait appel à une mère porteuse pour réaliser cet espoir nourri durant toutes ces années. 

Joseph est en train de finaliser le berceau de l’enfant quand, tout à coup, sa fille Aude lui apprend au téléphone qu’Emmanuel se trouvait à bord d’un avion qui vient de se crasher. Avec son conjoint. Joseph, en bon colosse, ne s’effondre pas sur le coup. Il doit conduire jusqu’à l’aéroport pour entendre un verdict qu’il estime déjà sans appel. Oui, son fils est mort, et son conjoint aussi, dans cet avion. Il y a autour de lui les proches qui, hagards, ne comprennent pas ce qu’il se passe. Il y a ceux qui vocifèrent pour trouver un coupable. Ceux encore qui se lancent dans une bataille pour faire toute la lumière sur cet accident, qui n’en est peut-être pas un, après tout. Et il y a Joseph. Qui trouve tout à coup une raison d’être à cette horreur : la petite. Celle qui était attendue comme le messie par son fils. Il la retrouvera, l’élèvera pour qu’elle ne manque de rien et l’aimera autant que ses deux papas réunis.

C’est ainsi que, « nachu » comme il le dit lui-même, il se met en quête de cette femme qui abrite en son ventre la petite merveille à venir. Pour cela, Joseph va devoir faire preuve de courage et de ténacité, les deux futurs papas ayant gardé entier le secret sur son identité. Si, par un heureux hasard, il la retrouvait tout de même, cette femme accepterait-t-elle de lui confier l’enfant à lui, un veuf de plus de soixante ans vivant en hermite ? Sans savoir où ses recherches le mèneront, mais persuadé que c’est là sa mission, Joseph investit toutes ses forces pour retrouver cette enfant qu’il aime déjà…  

Dans Le Berceau, écrit par Fanny Chesnel, il jaillit du personnage de Joseph une multitude d’émotions dont on est bombardé au fil des pages. La carapace de ce colosse bourru, rompu aux travaux physiques et ingrats, ayant mis sa vie entière de côté pour s’occuper de ses bêtes, commence à se fissurer au moment même où il songe à cette enfant à venir, à celle dont il sera le père de substitution. Un papy  tendre et aimant à plein temps. Un roman très touchant malgré une fin qui, malheureusement, laisse un peu perplexe. 

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